Après un livre sur l’intelligence artificielle en 2019 où Gaspard Koenig a fait le tour du monde, l'auteur un peu désabusé a peut-être ressenti le besoin de revenir au réel. Entre deux confinements en 2020, il entreprend avec sa jument Destinada un voyage de Bordeaux à Rome sur les traces de Montaigne. Des réflexions sur ce qu'il voit de la plaine de Beauce à la Toscane italienne, des rencontres souvent en secteur rural mais également aux cœurs des HLM de Meaux, la construction d'un travail d'équipe avec sa jument Destinada, c'est un voyage extraordinaire que nous offre Gaspard Koenig, où il fera l'éloge de la lenteur et des relations humaines dans notre civilisation du XXIème siècle. Un livre que j'ai eu du mal à lâcher, tout en me retenant malgré tout pour que le plaisir de lire ce livre ne s'arrête pas trop tôt!
Bien que écrit durant l'été 1938, ce pamphlet est d'une grande actualité. Je lis ce livre en même temps que je suis les événements arrivés dans les montagnes ariégeoises où l'on abat des cheptels entiers vaches pour une maladie bénigne, le tout avec une violence d'Etat inouïe (centaures et autres blindés, deux hélicoptères) pour faire face à des paysans désarmés qui ne demandent qu'à vivre de leur travail. Jean Giono explique que le paysan, celui qui vit de la terre a tout pour être heureux et ne dépendre de personne : il fait par là l'éloge de ce que Pierre Rhabi appellera plus tard la sobriété heureuse. Dès lors que le paysan devient agriculteur, à savoir abandonne la polyculture pour se spécialiser dans telle ou telle céréale par exemple, il perd son autonomie et est obligé de passer par d'avantage de monnaie pour subvenir à ses besoins. A partir de là, l'homme devient manipulable à souhait par une petite minorité de personnes, les gouvernants qui nous amène jusqu'à une guerre inéducable.
Joël Dicker nous donne à voir le monde au premier degré par la parole de Joséphine, une fillette de 7ans. Inscrite dans une école "spéciale", elle rêve quand elle sera grande de "devenir inventeuse de gros mots". Bien avant d'en venir à la très catastrophique visite du zoo, il va falloir commencer par le début : l'inondation de l'école spéciale. Aidé par cinq de ses camarades, Joséphine décide de mener l'enquête. Pour se faire, elle sera entre autres initiée par la grand-mère de Giovanni, experte en séries policières.
Joël Dicker nous avait habitué à des polards (dont La Vérité sur l'affaire Harry Quebert qui a fait l'objet d'une adaptation à la télévision) : là, on se retrouve avec un tout petit livre drôle et rempli d'un humour tendre... une enquête particulièrement bien vue, depuis le regard d'enfants au raisonnement d'une logique implacable!
Fin décembre 2019 apparait un étrange virus. Mars 2020, les autorités confinent les populations : Elliott et Florence, jeunes trentenaires vivant dans un petit appartement de centre ville dans une bourgade Normande, en profitent pour regarder tout un tas de série sur Netflix, jusqu'au jour où l'électricité vient à manquer. Muni de son auto-attestation de sortie dûment remplie pour "pratiquer une activité sportive à moins d'un kilomètre de son domicile", Elliot assiste à l'agression d'une jeune cycliste par un groupe d'hommes. Le monde a basculé vers l'inconnu : plus de d'électricité, de médias, fuite des forces de police poursuivie par des gangs... Accompagnés de leur chat Mathias enfermé dans une cage de transport, Elliot et Florence vont devoir fuir à pied. Commence alors un improbable périple à travers champs dans une Normandie ensauvagée. Bien que l'auteur ne manque absolument pas d'humour, ce livre donne froid dans le dos tant les situations décrites sont totalement plausibles.
Construire une intrigue en partant de simples vers de terre est l'entreprise originale à laquelle s'est attelé Gaspard Kœnig. Kevin, issu d'une famille modeste originaire du Limousin, et Arthur bien né dans la bourgeoisie parisienne sont amis de promotion à Agritech Paris. Ils assistent au début de leurs études à une conférence sur les vers de terre, base de toute vie sur notre planète. Diplôme en poche, tout deux sans être des décrocheurs, choisissent des projets professionnels loin de leur semblables incluant les fameux vers de terre.
Kevin gravit les échelons sans trop se poser de question. A la fin de ses études d’agronomie, il conçoit des lombricomposteurs avec de petits conteneurs individuels assez simples pour recycler les déchets à l’échelle du foyer individuel. Dès le début, il se heurte à la caste pour son financement (banques, BPI...), son projet étant jugé pas assez innovant, peu ragoûtant, peut-être à améliorer avec une application 'smart friendly'... Il enchaînera sur une année d'études complémentaires à HEC, où il rencontrera les bonnes personnes pour faire décoller son projet, monter une start-up, trouver les financements et créer une structure de plusieurs millions de dollars.
Arthur, quant à lui a l’âme plus philosophe. Il reprend la ferme de son grand-père dont les parcelles ont été épuisées par des années d'agriculture intensive et choisit de faire une thèse sur la régénération du sol en comptant un à un les vers de terre.
Arthur et Kevin vont au fil des années connaître échecs et réussites, chacun poussant toujours plus loin son projet jusqu'à atteindre des extrêmes.
Ce livre aborde avec justesse de nombreux thèmes : déconnexion avec la réalité voulue par l'élite parisienne n'ayant jamais vu un vers de terre (politiques, capitalisme de connivence, startup nation, licornes et bullshit), la vie en secteur rural bousculée par l'arrivée d'une population nouvelle avec de petits conflits avec les natifs ou à l'application d'une loi d'Absurdistan, radicalisation de certains mouvements écologistes, difficultés à nouer une relation amoureuse dans un monde où l’on ne sait plus si on est homme ou femme, ou aucun de cela... Ne prenant pas partie, Gaspard Kœnig a construit un livre d'une grande justesse sur les sentiments humains, avec au fil des pages de nombreux rebondissements : un livre tout simplement génial.
La ferme des Bertranges située au nord de Cahors dans le Lot à proximité de l'A20 tient lieu de décors. Vit ici une famille, un couple d'agriculteurs et leur quatre enfants. Alexandre se destine à reprendre l'exploitation, alors que Vanessa Caroline et Aghate rêvent de vivre en ville.
Ces deux romans ont pour point de départ un événement exceptionnel : la tempête de 1999 pour le premier, qui aura pour conséquence d'anéantir les investissements réalisés pour agrandir la ferme, et la crise du covid pour le second, qui va pousser les filles étant dans la cinquantaine à quitter la ville pour se réfugier dans la ferme de leurs parents.
Au travers de ces personnages sont abordés les sujets de société propre à chaque époque : la secheresse de 1976, la lutte du Larzac, la construction de l'A20 qui va avoir un impact direct sur la ferme, la construction de la centrale nucléaire de Golfech, la mondialisation, la désertification des territoires ruraux, les gilets jaunes, la gestion du covid, l'écart de la vie en ville avec celle des campagnes, incompréhension intergénérationnelle... C'est avec talent que Serge Joncour donne vie à des personnages dont les points de vue peuvent être antinomique fonction du vécu de chacun.
Ces deux romans sont une peinture faite de couleurs douces de la société française ayant pour arrière plan les causses.
Christian Authier nous parle ici du naufrage de ce paquebot appelé PTT, puis plus tard La Poste. Lui même enfant de facteurs, il a eu l'occasion dans sa jeunesse de travailler dans un centre de tri pendant l'été.
De Jean Mermoz à Philippe Wahl, l'auteur nous raconte des romains à nos jours cette formidable épopée du courrier, jusqu'à sa liquidation proche avec l'arrêt du timbre rouge en 2023.
Dans la France de demain (environ), Mao est jeune retraité blanc né vers la fin du XXème siècle. Légèrement inadapté à une société qui aurait changé trop vite, il se retrouve accusé de harcèlement sexuel par une mystérieuse @Barbarella sur les réseaux sociaux. Mao pourrait être n'importe quel homme blanc né avant 1990, pas nécessairement réac ou macho, et la société française telle que vantée par Léa Salamé dans les médias d'état : une France woke adepte de la cancel culture, majoritairement végétalienne, qui ne se déplace pratiquement plus qu'à vélo dans des villes 15 minutes, et surtout qui trie ses déchets sous peine d'amende! Le camp du bien a gagné, créant une sorte de dictature grise où la culpabilité est de mise à chaque carrefour, et où l'on peut dénoncer n'importe qui comme à la bonne époque de Vichy.
Benoît Duteurtre nous invite à être vigilant sur les dérives dans laquelle le monde occidental s'enfonce, et ce avec talent et humour noir!
En pleine polémique sur "les villes 15 minutes" voulues par les technocrates qui nous gouvernent avec une première expérience à Oxford, ce livre nous réconcilie avec la maison pavillonnaire, son petit jardin avec terrasse, les barbecue entre voisins, les zones commerciales de la France moche et l'univers de la bagnole au diesel! En introduction, Clément Pétreault après avoir quitté Paris en 2019 parle avec humour de sa propre expérience lors de l'achat d'une maison ancienne en Normandie. Puis, dans les chapitres suivants apparaissent différents propriétaires de pavillons, chacun ayant un lien particulier à son habitat. C'est ainsi que la maison individuelle apparaît comme un objet de désir ou de détestation ou encore de déception selon les cas. Le livre recèle ça et là plusieurs chapitre sur la maison individuelle au cours des époques au travers de discours politiques, ainsi que d'expérience telle que la cité Castor de Pessac. L'ouvrage termine peut-être un peu succinctement à mon goût sur l’exode urbain amplifié par la crise sanitaire, avec tous les problèmes que cela implique pour la population locale pour se loger notamment sur la côte Atlantique. Clément Pétreault est journaliste au Point (Artémis), journal appartenant au milliardaire François Pinault. Cet essai est très agréable à lire, pas ennuyeux pour un sou.
Faire la guerre à la Mort, cela ne revient-il pas à sacrifier la vie? Après deux années de covidisme, Laurent Gounelle révèle ici avec un peu d'humour quelques secrets de la manipulation des masses. Le sujet n'est pas la pandémie, mais toute les techniques employées par les médias et les gouvernements depuis 2 ans, conduisant certaines personnes à porter un masque seule dans leur voiture. A travers une petite histoire romancée, vous croiserez dans le désordre Noam Chomsky, Edward Bernays, Klaus Schwab, la Reine des Neiges, Dani Rodrik... Promis, après avoir lu ce livre, vous n'aurez plus peur!
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